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dimanche 23 octobre 2011

Retour sur les 35 heures

http://rationnelsansfinalite.blogspot.com/

"La déclaration du Secrétaire d'Etat est passée complètement inaperçue : le sarkoziste canal historique a fait sienne la mesure politique que honnit pourtant son camp. Lefebvre a déclaré qu'il fallait revenir aux 35 heures pour faire baisser le chômage en France !

En fait, pas vraiment, mais presque : il a plutôt affirmé que nous avions un taux de chômage élevé car  "Il faut  dire la réalité : parce qu'on a un taux de natalité beaucoup plus important que beaucoup d'autres pays". J'aime beaucoup le "il faut dire la réalité" de notre Secrétaire d'Etat.

Je l'aime d'autant plus que cela revient à faire des 35 heures une réalité tout aussi substantielle. En effet, l'affirmation du Secrétaire d'Etat se fonde sur la même "théorie" économique : celle qui voit le nombre d'emplois comme un gros gâteau dont la taille est intangible et qu'il est donc d'autant plus difficile -voire impossible- à partager qu'il y a de convives. Ce que nous dit le Secrétaire d'Etat est, en effet, que nous avons des chômeurs parce que le nombre de convives (d'actifs) augmente dans notre pays en raison des naissances nombreuses -alors qu'ailleurs, il stagne (un ailleurs qui se réduit à la seule Allemagne -décidément le seul point de comparaison dont disposent les hommes politiques de droite). Et comme le gâteau (le nombre d'emplois) reste le même, cela fait autant de chômeurs.

C'est très exactement un raisonnement de ce type qui a justifié, du moins pour les plus économiquement naïfs des socialistes, l'adoption des 35 heures, à la fin des années 1990. Car, au moins, les socialistes avaient la vertu d'aller au bout de leur raisonnement : si le problème est que le gâteau (le nombre d'emplois) est fixe, et que le nombre de convives augmente, alors il n'y a qu'une seule solution : diminuer la taille de la part de gâteau de chacun (baisser le nombre d'heures travaillées) pour que tous puissent manger (qu'il n'y ait plus de chômeurs) 1.

Au contraire, le gouvernement auquel appartient Frédéric Lefbvre a adopté tout une série de mesures qui, d'une part, augmentent le nombre de convives et qui, d'autre part, accroissent la part de gâteau de ceux qui ont la chance d'en avoir une. La réforme des retraites conduit, en effet, à ce que les plus de 60 ans ne partent pas à la retraite, augmentant d'autant le nombre d'actifs. Le maintien de la défiscalisation des heures supplémentaires (au delà des emplois bénéficiant de réduction de charges) conduit les actifs en emploi à travailler des heures qui auraient pu être effectuées par des chômeurs.

Et ceci est d'autant plus cruel qu'en effet, le Secrétaire d'Etat a raison à court terme : lors d'une crise de demande massive, comme celle que traverse notre économie, le nombre d'emploi ressemble à un gros gâteau qui n'augmente pas -la demande étant insuffisante pour inciter les entreprises à accroître leur production, et à embaucher pour cela.

Mais ce raisonnement ne vaut que dans des circonstances exceptionnelles et à court terme. Sur le long terme, le nombre d'emplois s'ajustent globalement au nombre d'actifs. Il n'y a aucune raison qu'il en soit autrement : tout actif est par définition capable de travailler et, pour autant que le marché assume sa fonction coordinatrice, il n'y a aucun raison qu'il ne puisse échanger sa production, ou ses capacités productives, avec d'autres acteurs. Plus le nombre d'actifs grandit, plus la production s'accroît : c'est pour cela que le taux de croissance potentielle d'une économie ne dépend que de deux choses : ses gains de productivité et la croissance de sa population active. Le gâteau ne possède pas une taille intangible : il grossit avec le nombre de convives -pour la simple raison que chaque convive en produit sa part.

Et c'est bien ce qui s'est passé en France jusqu'à la crise de 1975. Le problème de la France est le fait que son économie n'a jamais été capable de récupérer, par la suite, durant les phases de croissance rapide, par des créations d'emplois plus importantes que celle de l'augmentation de la population active, les conséquences des périodes de croissance faible ou négative, qui entraînent une croissance du nombre d'emplois plus faible que la population -voire même des destruction d'emplois. Les créations d'emploi soutenues entre 1985-1990 et 1997-2001 n'ont pas compensé les périodes de destruction (1975 ; 1984-1985 ; 1991-1993) ou de faible croissance.

C'est cela qui caractérise en propre l'économie française (et, dans une moindre mesure, les économies européennes), notamment en comparaison avec les Etats-Unis, où ce phénomène ne s'est pas produit (l'économie américaine a même inséré des dizaines de millions de travailleurs immigrés sans difficulté)."

















1. Ce qui n'interdisait pas de soutenir les 35 heures pour d'autres raisons (ce qui était mon cas) -à commencer par le fait qu'il est tout aussi légitime d'utiliser les gains de productivité d'une économie pour travailler moins que pour accroître le pouvoir d'achat, le but ultime de l'économie n'étant pas de faire travailler les individus, mais d'accroître la satisfaction qu'ils tirent des biens et services produits -ce qui peut passer par plus de temps libre.



vendredi 21 octobre 2011

Berlin enterre trop vite l’euro

20 juin 2011, To Vima Athènes

En publiant l'image d'un drapeau grec recouvrant le cercueil de la monnaie unique, Der Spiegel dévoile,selon la presse grecque dont le quotidien To Vima, les objectifs cachés de la politique allemande, soit l'hégémonie germanique.
Si la position provocatrice de la Vénus de Milo [en Une de l'hebdomadaire Focus, en 2010] était de mauvais goût, la couverture de l'hebdomadaire Der Spiegel aujourd’hui est une indécence révélatrice des intentions et des objectifs cachés de l’hégémonie de l’Allemagne, pour la Grèce mais aussi pour toute l’Europe.

Quelques jours après le rappel à l'ordre sans précédent de la chancelière Angela Merkel par le président français Nicolas Sarkozy, et ensuite, la pression du président américain Barack Obama, voilà que cette Une scandaleuse montre un drapeau grec recouvrant le cercueil dans lequel repose la monnaie unique.
S'il ne s'agit pas de la voix officielle de Berlin, cette Une révèle cependant le sentiment d’une partie de la classe dirigeante allemande, lectrice de ce journal : l'Allemagne ne souhaite pas accorder de nouvelle aide à la Grèce.
Parmi les "arguments" de l'article du Spiegel, des soi-disant vérités allemandes sont exprimées pour la première fois : la zone euro est composée d’économies qui ne peuvent pas avoir de cohérence en raison de différences structurelles de politique monétaire et économique. Selon le magazine, cette situation évolue désormais et présente un risque des plus élevés pour l'euro et pour l'Europe elle-même.

Une politique égoïste qui brise les peuples

Ce qui n'est évidemment pas mentionné, c'est que tout cela n'est pas uniquement dû à la crise de la dette grecque. Cela est causé, en très grande partie, par la volonté de l’Allemagne d’utiliser la crise grecque comme un levier pour la révision générale de la monnaie unique.
Berlin a montré sa volonté de se distinguer par une politique nationale égoïste qui brise les peuples et les Etats qui ne peuvent pas ou refusent d'y participer. Ceux qui sont incapables de répondre aux exigences allemandes n’ont plus leur place dans la monnaie unique et dans l’Europe.
Le plus frappant est que, exactement au même moment, arrive une voix inattendue d'opposition à la politique allemande qui renverse tout ce que nous savions jusqu’à aujourd'hui de la version "officielle" que tenait nos prêteurs : celle de Jean-Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe en personne et Premier ministre luxembourgeois. Dans une interview donnée au quotidien belge La Libre Belgique, Juncker dit des choses qui bouleversent la ligne dominante imposée par Berlin. Il explique, entre autres, que la peur d'une extension de la déstabilisation provoquée non par les "marchés" mais par le peuple constitue désormais une réalité dont nul ne peut prédire où, quand et comment elle finira.
Après la pression des Etats-Unis et de la France, l’Allemagne montre qu’elle perd la bataille pour son hégémonie en Europe et voila ce qui dérange Der Spiegel et ses lecteurs. Une bataille qui consistait surtout en une politique dévastatrice pour la Grèce. 
En fait, les Allemands voulaient mettre fin à un "cauchemar", celui de pays qui ne peuvent les aider à tracer un chemin impérial. Aujourd'hui, ils voient la fin de l'euro, non pas parce que la monnaie unique est véritablement en fin de course, mais parce que meurt ce qu'ils voulaient faire de l’euro.
La seule chose qui leur reste maintenant est de quitter cette zone euro. Peut-être est-ce là le nouveau message caché de cette publication indécente. L'image du Spiegel montre l'euro enterré avec le drapeau grec, mais finalement, ce sont surtout les couleurs noir, rouge et or des fossoyeurs hâtifs que l'on remarque.

dimanche 2 octobre 2011

RSA : 10.000 contrats de 7 heures et autant de chômeurs en moins

Contes Publics, 23/09/2011, Le blog de Claire Guélaud.

La ministre des solidarités, Roselyne Bachelot, a confirmé, vendredi 23 septembre, à Chambéry (Savoie), que des contrats aidés de sept heures par semaine, rémunérés sur la base du smic, seront proposés aux allocataires du revenu de solidarité active (RSA) dans une quinzaine de départements. L'objectif du gouvernement est d'aboutir à 10 000 contrats de ce type d'ici à la fin 2012, d'évaluer le dispositif et, le cas échéant, de le généraliser.

Ces nouveaux contrats aidés, préconisés par Marc-Philippe Daubresse (député UMP du Nord), seront des contrats unique d'insertion (CUI). Jusqu'à présent, les conseils généraux pouvaient en proposer, mais ils n'étaient pris en charge par l'Etat à 95 % qu'à partir de vingt heures d'activité par semaine. Le surcoût, pour l'Etat, des 10 000 CUI de sept heures hebdomadaires sera de 3 millions d'euros.

Le nouveau dispositif est donc avantageux pour les conseils généraux. Il peut permettre aux personnes percevant le RSA de gagner 130 euros par mois en plus (pour les célibataires). Mais il présente aussi un avantage certain pour le gouvernement : faire sortir des statistiques du chômage ceux qui en bénéficieront.

En effet, les allocataires du RSA sont, dans une proportion importante, inscrits à Pôle emploi. En juillet, 474 400  d'entre eux figuraient dans la catégorie A des demandeurs d'emploi, c'est-à-dire les personnes inscrites à Pôle emploi, sans emploi et n'ayant pas exercé d'activité réduite dans le mois précédant leur inscription.

Ceux qui, sans emploi, prendront un CUI de sept heures par semaine (et ils n'auront pas le choix s'il leur est proposé) sortiront immédiatement de la catégorie A des demandeurs d'emploi, celle qui sert de baromètre officiel du chômage, a précisé au Monde Pôle emploi.

Les chiffres du chômage s'en trouveraient alors améliorés à peu de frais. C'est ce que l'on appelle le « traitement  statistique » du chômage. Les gouvernements sont souvent tentés d'y recourir dans les périodes d'augmentation du nombre des demandeurs d'emploi.

Or, l'Unedic a revu à la hausse, le 22 septembre, ses prévisions de chômage : elle s'attend à 36 700 chômeurs de plus dans la catégorie A en 2011 et à 55 500 de plus en 2012. Le nombre total des chômeurs indemnisés par l'assurance chômage passerait de 2 071 000 en 2010 à 2 092 500 cette année et à 2 139 600 en 2012.

Les ménages épargnent comme au plus fort de la récession

Ce n'est pas une bonne nouvelle pour la croissance : les ménages consomment moins et épargnent davantage. C'est ce qui ressort des résultats détaillés des comptes nationaux trimestriels publiés mercredi 28 septembre par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Au deuxième trimestre 2011, révèlent-ils, pendant que la croissance marquait le pas, le taux d'épargne des ménages a bondi de 1,1 point à 17%, soit son niveau le plus élevé depuis le troisième trimestre 2009.

Pendant cette même période, les ménages ont vu leur pouvoir d'achat accélérer, passant d'une hausse de 0,2% au premier trimestre à +0,6% au deuxième, à la faveur d'une moindre pression fiscale et du dynamisme de la masse salariale et des prestations sociales. Malgré cela, ils ont consommé moins – leurs dépenses en valeur ont reculé de 0,2%, après avoir augmenté de  1,1% – et épargné beaucoup plus comme ils le faisaient au cœur de la récession.

Tout se passe donc comme si, conscients du fait que la croissance française avait brutalement marqué le pas au printemps 2011 et préoccupés par la crise grecque, par ses répercussions dans la zone euro, et par le ralentissement économique général, ils préféraient se prémunir contre d'éventuels lendemains qui déchantent et reconstituer leur épargne de précaution.

Ces résultats sont en ligne avec les enquêtes Insee du 23 septembre qui faisaient état d'une forte dégradation du climat des affaires et du moral des ménages au sortir de l'été. Ils sont d'autant plus préoccupants que la consommation des ménages est loin d'avoir retrouvé ses niveaux d'avant la crise et que l'investissement des entreprises ralentit. Si les ménages continuent de remplir leurs bas de laine, ce n'est donc pas sur la demande intérieure que l'on pourra compter pour relancer la croissance.

Une farce tragique

Dimitri Mitropoulos, 13 septembre 2011, Ta Nea, Athènes

Comme dans les sombres tragédies de Shakespeare, la scène politique grecque peut être renversée par un seul personnage. Ce personnage n'est pas un premier rôle mais il est crucial dans l'évolution des scènes, et pas positif. Quelqu'un comme Iago dans Othello. 

Toute proportions gardées, cette analogie pourrait s'appliquer à Nikos Fotopoulos, le président du syndicat Genop-DEI (l'Electricité de Grèce). Il est brun, mal rasé, vêtu de noir et a quelque chose de théâtral.  Mais surtout parce que ce syndicaliste surgit sur le devant de la scène à un moment critique de notre tragédie financière nationale.

Le gouvernement Papandréou est désespéré. Il cherche environ 2 milliards d'euros pour combler le déficit public. Pour les recueillir, il a donc soumis l'idée d'imposer à nouveau les propriétés immobilières, en utilisant les factures d'électricité [pour identifier les propriétaires] car il n'y a pas de cadastre, tandis que DEI comptabilise au mètre carré près l'ancienneté et le quartier. Mais utiliser les factures de DEI pour imposer une nouvelle taxe [elle sera intégrée dans le calcul de la facture]  est l'aveu d'un échec. Le gouvernement reconnaît ainsi qu’il ne fait pas confiance aux mécanismes de récolte de l'impôt. C'est un bien triste constat qui remet en cause l’efficacité des taxes précédentes.

L'élite de l'Etat se retourne contre leur propre gouvernement

Le gouvernement va donc imposer une nouvelle taxe extraordinaire cette année et l'année prochaine. Il le fait parce que depuis 20 mois, il essaie en vain de réformer l'administration publique, de vendre des biens et de supprimer des organismes publics. Il y a eu des coupes sur les salaires, mais pas de véritables réformes. La mise en place d'un salaire unique pour tous les fonctionnaires à tellement d'exceptions que ce salaire s'annule de lui même, la mise en disponibilité de fonctionnaires est tellement obscure que l'Etat ne pourra pas y arriver sans licencier des employés d'Etat.

En réalité, le PASOK [le parti socialiste au pouvoir], pas plus que la Nouvelle Démocratie [l’opposition de droite], n'ose toucher à l'Etat parce que c'est sa propre création, même si c'est une horreur. Pour éviter de réformer l'Etat, le gouvernement préfère faire payer tous les propriétaires grecs.

C'est donc une pièce de théâtre avec un metteur en scène invisible mais, ironiquement, avec pour personnage Fotopoulos et les caïds de Genop-DEI qui refusent que les factures d'électricité soient utilisées pour appliquer la loi imposée par le gouvernement. Ces enfants du PASOK, qui constituent une élite de l'Etat, se retournent donc contre leur propre gouvernement. Ils préfèrent que le pays sombre dans la faillite plutôt que toucher à leurs avantages. Dans tous les cas, le coût sera important pour les Grecs. Le problème est donc qu'aucune vraie tragédie – de Shakespeare ou des financiers – n’a de fin heureuse. Au final, nous devront payer.

Et maintenant, que peut la Grèce ?

Panos Panagiotopoulos, 6 septembre 2011, To Ethnos, Athènes
Les Européens ne croient pas que nous voulons être sauvés ! Les indicateurs sont dans le rouge alors que les réformes structurelles tardent. Et sans crédibilité, que voulez-vous renégocier ? Pour tous ceux qui connaissent un peu l'économie grecque, il était très clair que les objectifs du plan de rigueur, et surtout les mesures annoncées en 2011, étaient très, voire trop ambitieux (c'est à dire non réalisables).  
Ce n’est pas seulement en raison de "réticences politiques", qui sont pourtant réelles et que personne ne peut ignorer ; c'est à cause de délais irraisonnables. A cela, il faut ajouter la qualité du personnel politique et administratif du pays, et celle du système juridique et judiciaire.
La troïka FMI-UE-BCE et le gouvernement ont commis une grosse erreur en s'engageant sur des objectifs trop ambitieux – malgré les réticences sur la "recette" et la manière de la mettre en oeuvre. Bien que dos au mur, le gouvernement a reçu les experts de la troïka [la semaine dernière, une visite précipitamment interrompue] alors que ces derniers nourrissent les marchés de prévisions non réalisables qui, avec le discours du "plus difficile" et du "plus coûteux", conduisent à l'opposé du résultat escompté. Et de fait, même si beaucoup de choses ont été accomplies, l’image internationale de la Grèce est celle d’un pays qui ne fait rien.

Sur le fil du rasoir

Ça, c'est le bon coté. Car de nombreux dirigeants européens, banquiers et technocrates l'ont compris et dénoncent la "trop forte pression" exercée sur la Grèce. L'autre coté, c'est... l'échec ! Le gouvernement parle sans arrêt de "fusions" et de "suppressions" d'organismes publics, et plus généralement de réformes structurelles, mais il n'a presque rien fait !

De plus, la "gabegie" dans le secteur public se poursuit dans la plupart des cas. Les récentes déclarations du vice-ministre de l'Interieur sur les administrations publiques le prouvent. Il est tout de même étrange d’avoir diminué les salaires et les retraites, jusqu'à 1 000 euros par mois, d'avoir augmenté les taxes et les impôts, et de voir 2 ans après la fraude fiscale et la gabegie dans le secteur public continuer au plus haut point.
Tout ceci constitue une "mauvaise recette" qui, au delà des injustices sociales qu'elle engendre, entraîne une récession incontrôlable et un chômage qui est "un couteau sous la gorge". Voilà où nous en sommes aujourd'hui.
Les Européens ne croient pas que nous voulons être sauvés ! De nombreux indicateurs sont dans le rouge et beaucoup de nos objectifs n'ont pas été atteints. Il y a un problème de recette, de retard des réformes structurelles et encore une fois de crédibilité. Cela rend difficile l'application de l'accord du 21 juillet [le nouveau plan de sauvetage élaboré par les pays de la zone euro] qui déborde de zones d'ombre et restreint la possibilité de renégocier les termes du plan de rigueur. Nous sommes sur le fil du rasoir !

Vers un génocide financier

Courrier International

Ainsi les Grecs refuseraient d’économiser ? Un juriste de Vienne qui possède un pied-à-terre à Athènes les a observés au quotidien. Sa conclusion : ils économisent à en crever.

Günter Tews, 29 Septembre 2011, Die Presse

On ne peut rester sans réagir aux diverses déclarations des plus hauts responsables de toute l’Europe, certaines frisant l’imbécillité, au sujet de ces “fainéants” de Grecs qui “refusent d’économiser”. Depuis seize mois, je dispose d’une résidence secondaire à Athènes, et j’ai vécu cette situation dramatique sur place. On se plaint que les plans d’économie sont inefficaces parce que les revenus fiscaux chutent. On remet en question la volonté des Grecs d’économiser. Mais voici quelques faits :
– réduction des salaires et des retraites atteignant jusqu’à 30 % ;
– baisse du salaire minimum à 600 euros ;
– hausse des prix draconienne au cours des quinze derniers mois (fioul domestique : + 100 % ; essence : + 100 % ; électricité, chauffage, gaz, transports publics : + 50 %).

Sur les 165 000 commerces, 30 % ont fermé leurs portes, 30 % ne sont plus en mesure de payer les salaires. Partout à Athènes, on peut voir des panneaux jaunes avec le mot “Enoikiazetai” en lettres rouges : “A louer”. Dans cette atmosphère de misère, la consommation a plongé de manière catastrophique. Or l’économie grecque a toujours été fortement axée sur la consommation.

Les couples à double salaire ne perçoivent soudain plus que deux fois 400 euros d’allocations chômage. Les employés de l’Etat ou d’entreprises du secteur public, comme Olympic Airlines ou les hôpitaux, ne sont plus payés depuis des mois et le versement de leur traitement est repoussé à octobre ou à “l’année prochaine”. C’est le ministère de la Culture qui détient la palme. De nombreux employés qui travaillaient sur l’Acropole ne sont plus payés depuis vingt-deux mois.

Tout le monde s’accorde à dire que les milliards versés par l’UE pour le renflouement du pays repartent à 97 % directement vers l’Union et vers les banques pour éponger la dette et l’augmentation des taux d’intérêt. Ainsi le règlement de la dette grecque est-il discrètement rejeté sur les contribuables européens. En attendant le krach, les banques encaissent des intérêts copieux… On invente de nouvelles taxes. Ainsi, pour déposer une plainte au commissariat, il faut payer sur-le-champ 150 euros. Dans le même temps, les policiers sont obligés de se cotiser pour faire le plein de leurs voitures de patrouille. Un nouvel impôt foncier, associé à la facture d’électricité, a été créé. S’il n’est pas payé, l’électricité du foyer est coupée. Depuis plusieurs mois, les écoles publiques ne reçoivent plus de manuels scolaires, l’Etat ayant accumulé d’énormes dettes auprès des maisons d’édition. On ignore comment les écoles – surtout celles du Nord – vont régler leurs dépenses de chauffage.

Toutes les universités sont de fait paralysées. Bon nombre d’étudiants ne peuvent ni déposer leurs mémoires ni passer leurs examens. Le pays se prépare à une vague d’émigration. Les jeunes ne voient plus aucun avenir en Grèce. Ceux qui travaillent le font pour un salaire de misère et en partie au noir (sans sécurité sociale) : 35 euros pour dix heures de travail par jour dans la restauration. Les heures supplémentaires s’accumulent sans être payées. Le gouvernement grec ne perçoit plus un centime d’impôt. II ne reste plus rien pour les investissements d’avenir dans des secteurs comme l’éducation. Les réductions d’effectifs dans la fonction publique sont massives. On se débarrasse des salariés à quelques mois de l’âge de la retraite afin de ne leur verser que 60 % de leur pension.

La question est sur toutes les lèvres : où est passé l’argent des dernières décennies ? De toute évidence, pas dans les poches des citoyens. Les Grecs qui travaillent se tuent à la tâche (cumul de deux, trois, quatre emplois).

Tous les acquis sociaux des dernières décennies ont été pulvérisés. Quand on sait que les responsables grecs ont dîné avec les représentants de la troïka [Commission européenne, BCE et FMI] pour 300 euros par personne, on ne peut que se demander quand tout cela finira par exploser.

Ce qui se passe en Grèce devrait alerter la vieille Europe. Il faut s’attaquer à la dette tant qu’elle est encore relativement sous contrôle et avant qu’elle ne s’apparente à un génocide financier.

samedi 24 septembre 2011

Les coûts de la main d'oeuvre dans l'Union européenne au deuxième trimestre 2011

Prolongement des résultats de l'enquête ECMO par les indices du coût de la main d'oeuvre

20/09/2011 

Coe-Rexecode prolonge chaque trimestre les résultats de la dernière enquête sur les coûts de la main d'oeuvre (ECMO) à partir des indices du coût de la main d'oeuvre publiés par Eurostat. Nous rendons public ce calcul.

Eurostat a publié le 16 septembre les indices trimestriels de coût de la main d'oeuvre pour le 2ème trimestre 2011. Ils permettent de prolonger les résultats des données de l'enquête quadriennale sur le coût moyen de l'heure de travail ( voir la note méthodologique ).

Dans l'ensemble de l'industrie et des services marchands, au 2ème trimestre 2011, le coût horaire de la main d'oeuvre est estimé à 28,1 euros en moyenne pour l'ensemble de la zone euro. Il a progressé de 3,5% sur un an. Pour la France, le coût de l'heure de travail ressort a 34,6 euros, en hausse de 3,4% sur un an. Il est de 31,5 euros pour l'Allemagne.

Dans l'industrie manufacturière, le coût horaire de la main d'oeuvre s'inscrit à 30,1 euros en moyenne pour l'ensemble de la zone euro. Il progresse de 4,7% sur un an. Pour la France, il ressort à 36,1 euros, en hausse de 4,7% sur un an. Il est de 35,9 euros en Allemagne, où il progresse de 6,2% sur un an.
Tableau coûts de la main d'oeuvre 2000-2011 France, zone euro, Royaume-Uni - Calcul Coe-Rexecode
 
Voir les données pour les 27 pays membres de l'Union européenne
Prochaine mise à jour : la publication des indices du 3° trimestre 2011 est annoncée pour le 16/12/2011 (calendrier provisoire).

Salaires, coût du travail : les différentiels France-Allemagne

Les comparaisons avec l'Allemagne reviennent régulièrement dans les débats politiques en France. Notamment en ce qui concerne les salaires et le coût du travail, comme on l'a vu ces dernière semaines, le "modèle " allemand étant notamment cité comme exemple en matière de compétitivité. 

Voici deux données extraites des "Tableaux de l'économie française", publiés par l'Insee mercredi 23 février, qui, certes, datent un peu (de 2008), mais qui montrent les écarts entre les deux pays.

Salaires (dans le secteur privé) : si l'Allemagne a pratiqué la modération salariale ces dernières années, le salaire brut moyen y reste plus élevé qu'en France.

En juin 2010, un rapport à la commission des comptes de la sécurité sociale indiquait que le salaire annuel brut moyen des salariés travaillant à temps plein dans l'industrie et les services "est largement plus élevé en Allemagne qu'en France (43 942 euros en 2008 contre 32 826 euros, soit une différence de 34%)". Il ajoutait que l'écart "est sensiblement plus faible, en restant positif, pour le revenu net après impôt" qu'il situait à 25 167 euros en Allemagne, contre 23 694 euros en France.
Pour mémoire, l'Insee avait publié cette comparaison, en juin 2010, sur l'évolution annuelle des salaires mensuels de base en France et en Allemagne, où l'on voyait les signes de la modération salariale allemande jusqu'en 2008 :

Coût du travail : les chiffres issus des "Tableaux de l'économie française" de l'Insee montrent que le coût de la main-d'oeuvre est plus élevé en France qu'en Allemagne.

L'écart France-Allemagne n'atteint pas les proportions récemment évoquées par le Medef : l'organisme patronal, à l'offensive sur la baisse des cotisations sociales, avait cité un coût de la main d’œuvre à 37,2 euros en France au troisième trimestre 2010, contre 30,2 euros en Allemagne.
En fait, le Medef s'appuyait sur des chiffres d'Eurostat qui étaient erronés, l'Insee ayant adressé à l'organisme de statistiques européen de mauvais chiffres. Selon l'institut de statistiques français, les niveaux seraient relativement proches entre les deux pays.
L'institut de conjoncture COE-Rexecode a pour sa part avancé un coût horaire de la main-d'oeuvre de 34,6 euros en France et de 33,5 en Allemagne au troisième trimestre 2010.

 Coût salarial (Janvier 2011, COE-Rexecode)

Sur les 35 heures

 Le Zombie des 35 heures

Sans rationalité et sans finalité

Les 35 heures sont les zombies de la discussion économique en France : on ne peut rien contre elles. Tout discours économique rationnel qui s'efforce de préciser leurs effets sur la compétitivité des prix des entreprises françaises est destiné à échouer lamentablement.

Aussitôt tuées, elles ressurgissent, se levant d'entre les idées fausses et mortes, pour mieux rendre impossible toute analyse et conduire à des politiques aberrantes. Le zombie du moment se nomme Manuel Valls, suivant de près un zombie du camp opposé. Ne doutons pas que l'année 2012 verra une invasion massive de zombies dans la campagne politique présidentielle. Après tout, le zombie en chef de 2007 a gagné.

La plupart des journaux ont rappelé que la loi telle qu'elle a été votée entre 1998 et 2000 a été privée de l'essentiel de sa substance. En particulier, la loi Bertrand de 2008 a supprimé toute contrainte légale véritable dans le nombre d'heures travaillées. Mais cela ne suffit pas, manifestement. Le zombie ne veut pas mourir.

Je doute que le zombie expire davantage si l'on examine les effets concrets sur le coût du travail des 35 heures, même si cela constitue le coeur de son argumentaire. Mais je vais quand même essayer.

Le zombie nous explique, en effet, que la France a perdu en compétitivité en raison des 35 heures : le salarié coûte trop cher, dans sa fainéantise légalisée.

Sauf qu'il n'en est rien. Le coût du travail a faiblement augmenté en France entre 2000 et 2008 (avant donc la mise en place de la loi TEPA). Il a moins augmenté que dans la moyenne des pays européen. Infiniment moins que dans les pays d'Europe centrale et orientale, en plein rattrapage. Moins que dans tous les pays européens qui sont confrontés à de graves problèmes de compétitivité en raison de l'explosion de leurs coûts (Espagne, Grèce). En fait, à part l'Italie, dont la productivité du travail a stagné durant la période, seules l'Allemagne et l'Autriche ont vu leur coût du travail augmenter moins qu'en France (conduisant à ce que la moyenne de la zone euro soit faible). Et cela parce que ces deux pays ont choisi une politique de déflation salariale. Politique suicidaire, qui déstabilise la zone euro en produisant des déséquilibres commerciaux massifs, et qui, en outre, a été inefficace, puisque l'Allemagne a eu le 3e taux de croissance le plus faible des pays développés durant la période.



Si l'on élargit, en s'intéressant à l'ensemble des pays développés, en prenant cette fois-ci en compte l'évolution de la productivité du travail, on voit, encore, que l'évolution du coût unitaire du travail en France n'a rien d'exceptionnelle. Elle est plus faible que celle de la moyenne des pays de l'OCDE.

Là encore, c'est l'Allemagne (et le Japon) qui font vraiment exception, en connaissant une baisse de leur coût unitaire du travail : la hausse des salaires y a été plus faible que la hausse de la productivité des travailleurs. Et le moins que l'on puisse dire est que cette déflation salariale n'a pas eu les effets attendus : après l'Italie et le Portugal, le Japon et l'Allemagne sont les pays développés qui ont eu le taux de croissance le plus faible entre 2000 et 2007.


Ce n'est pas en diminuant les salaires que l'on restera compétitif par rapport aux pays asiatiques : l'Allemagne s'y efforce, en pure perte. L'évolution du cours de l'euro a plus qu'annulé la baisse du coût unitaire du travail en Allemagne vis-à-vis des pays hors zone euro. Sa politique de déflation n'a donc constitué qu'une politique non coopérative, qui a généré des excédents commerciaux pour l'essentiel vis-à-vis des seuls pays qui partagent la même monnaie que l'Allemagne, et qui ne peuvent dévaluer. Sans même permettre à l'Allemagne de connaître une croissance économique soutenue.

Le problème n'est pas donc pas l'évolution du coût du travail en France, qui est tout à fait moyenne. C'est l'évolution en Allemagne. Car on ne peut pas généraliser la politique allemande : elle ne peut fonctionner -pour autant qu'elle fonctionne- que si les autres pays européens ne la mènent pas. Si tous la mènent, elle aboutit à une déflation généralisée de l'économie européenne, faute de demande globale. Le choix n'est donc pas entre les 35 heures et sortir de la zone euro. Mais entre la politique allemande de déflation et la mort de la zone euro.

Pour le dire différemment, il est temps de parler sérieusement, en adulte responsable, à l'Allemagne, car il en va de l'avenir de la zone euro. Et ce n'est pas en infantilisant le débat économique français, en faisant resurgir encore et encore le zombie des 35 heures que l'on y parviendra.