mardi 28 juin 2011

Jouer "Les primaires à Gauche" du Parti Socialiste sur le Net?

Le Monde.fr, KTM Advance (entreprise spécialisée dans la création de jeux vidéos)  et l'ESJ (Ecole Suoérieure de Journalisme) de Lille se sont associés pour créer un jeu vidéo permettant de jouer "Les Primaires à Gauche" du Parti Socialiste. Présenté ainsi, on pourrait en déduire que la trame et l'issue du scénario sont prévisibles. Mais l'intérêt de ce jeu  singulier, qui se veut a fortiori pédagogique, puisqu'il permet "ô joueur citoyen" d'intégrer les rouages d'une campagne, en l'occurrence celles du PS, se situe du côté des termes employés pour qualifier l'objet. On trouve en effet associé à ce petit jeu en ligne, la visée insolite de "jeu vidéo journalistique"....
Le personnage: Martine Aubraïe

Deux liens pour y participer:

http://www.lemonde.fr/week-end/visuel/2011/06/24/primaires-a-gauche-jouez-votre-campagne_1524806_1477893.html#ens_id=1540739

http://www.lemonde.fr/week-end/visuel/2011/06/24/primaires-a-gauche-jouez-votre-campagne_1524806_1477893.html

lundi 20 juin 2011

Plötzlich Und Erwartet

Der Spiegel, 20 Juin 2011

La "Une" de l'hebdomadaire allemand  Der Spiegel annonce "La Mort de l'Euro" avec cette image représentant dans un cadre bleu, le front ceint d'un brassard noir, le portrait d'une pièce d'un euro trônant debout sur un cercueil aux couleurs de la Grèce...

 

Rome-Berlin, le nouvel axe anti-atomique

Massimo Nava, 17 juin 2011, Corriere della Sera. Milan

Abandon de l’atome en Allemagne, puis rejet du retour au nucléaire en Italie : le volte-face de deux membres fondateurs de l’UE pourrait pousser les autres Etats membres à tourner la page du nucléaire et à miser sur les énergies renouvelables.

Les Italiens, à qui il était demandé si le retour au nucléaire était une voie praticable compte tenu des coûts, du facteur temps et des risques, ont dans leur grande majorité, définitivement exclu cette éventualité, pour la seconde fois en un quart de siècle.
Ce deuxième "non" au nucléaire impose une vaste réflexion qui ne se limite pas à gérer les problèmes immédiats que le referendum a imposés. Il ne suffit pas de rappeler à ceux qui exercent des responsabilités gouvernementales ou dans le secteur énergétique l’urgence absolue d’un plan de développement des sources d’énergie alternatives et renouvelables. 

Il faut rappeler que c’est à présent un devoir civique que de révolutionner les comportements en cohérence avec le choix qui vient d’être fait et de façon beaucoup plus efficace que par le passé. L’absence de tri sélectif des ordures, le gâchis de l’eau, l’utilisation inconsidérée de la voiture, le chauffage et la clim’ à fond sont quelques-unes des habitudes qui devraient disparaître en même temps que les projets de centrales nucléaires italiennes.

Les partis traditionnels risquent gros face aux écologistes

Et il serait utile d’imaginer l’avenir qui attend les nouvelles générations, sur lesquelles va peser la décision des Italiens d’aujourd’hui. On pourrait commencer à se sentir fiers d’être le pays européen qui le premier avait dit "non" [lors d’un referendum en 1987] et qui l’a répété, renforçant un choix qui aujourd’hui se rapproche, sur le plan culturel et stratégique, de celui de l’Allemagne — et de la Suisse — et grâce auquel nous  sommes un peu moins conditionnés par la France, pays avec lequel nous avions récemment conclu une sorte de pacte technologique et industriel pour le retour au nucléaire.
On notera que le choix de l’Allemagne n’est pas dicté seulement par la peur du présent ou par une angoisse intellectuelle qui a ses racines dans sa propre histoire : c’est un pays qui, avant de dire adieu au nucléaire, investit depuis au moins une vingtaine d’années dans les énergies renouvelables et qui, ces huit dernières années, a vu doubler les emplois dans ce secteur. En termes d’expérience et de stratégies industrielles, il peut être utile d’en tenir compte.

En ce qui concerne la France, en dépit de ses 58 réacteurs et de ses projets de centrales de nouvelle génération, il faut avoir présent à l’esprit qu’après Fukushima et après la décision allemande, un fort pourcentage de Français s’est déclaré favorable à une révision de la politique de l’atome. Le président Sarkozy, tout en réaffirmant, après le désastre japonais, le choix historique du général De Gaulle, avait créé au début de son mandat un grand ministère de l’Ecologie, en lui donnant pour mission d’élargir le champ des énergies renouvelables et de diminuer la dépendance envers le nucléaire.

Conservateur comme Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, a compris que le "renouvelable" est aussi un marché et que les partis traditionnels risquent gros face aux mouvements écologique et antinucléaire. Les Verts français ont inséré la question de l’énergie nucléaire dans leur programme d’alliance pour 2012 avec les socialistes (en majorité pro-nucléaires).

L'Europe dénucléarisée reste une utopie

En matière énergétique, les choix stratégiques nationaux sont et seront prédominants dans une vision d’ensemble européenne, mais si deux puissances industrielles telles que l’Italie et l’Allemagne, membres du G8 et pays fondateurs de l’Europe, abandonnent le nucléaire, il n’est pas illusoire de considérer que ce choix va exercer une forte incitation au changement et aura une grande influence sur les opinions publiques des autres pays. Ce n’est pas non plus un rêve que d’imaginer que ce choix s’étendra un jour à tout le Vieux Continent et renforcera sur la scène internationale le leadership d’une Europe qui, sur les questions de climat et d’environnement, est déjà un pas en avant par rapport au reste du monde.

Ainsi serait supprimée une objection qui a longtemps pesé sur le débat, c’est-à-dire l’impossibilité de renoncer à l’atome tout en ayant des centrales juste à côté de ses frontières. L’Europe dénucléarisée est une utopie, mais la révolution culturelle est en marche et pourrait bien être notre horizon d’ici quelques décennies. Peut-être la distinction entre usage civil et usage militaire de l’atome ne sera-t-elle plus pertinente, ni vitale.
De même qu’il ne devrait pas échapper que la partie sur les énergies renouvelables se joue  — en même temps que celle sur la paix, sur l’immigration et sur les matières premières — sur un rapport le plus fécond et constructif possible avec la rive Sud de la Méditerranée, aujourd’hui sur la voie incertaine et tortueuse de la démocratie. Il ne s’agit pas seulement du pétrole libyen ou du gaz algérien, mais du soleil et du désert, qui sont la richesse des pauvres et une partie importante de notre avenir.

jeudi 16 juin 2011

L'échappée d'Alain Roger ou l'extraordinaire matrice du philosophe à trois voies

"Au cours de sa dernière année d’enseignement à Orléans, Alain Roger se trouve être interne en hypokhâgne. Le service de Deleuze se partage alors en trois classes : une terminale, une hypokhâgne et deux heures d’enseignement en khâgne. L’hypokhâgne est essentiellement constituée de jeunes filles, de bonnes élèves qui pour la plupart non pas l’intention de préparer l’ENS, mais qui sont là pour faire leur propédeutique avant de commencer l’université. Le magnétisme de Deleuze va être décisif pour l’avenir d’Alain Roger. En cette fin de novembre 1954, son moral est au plus bas. Il s’est inscrit en hypokhâgne sur l’injonction parentale – il avait décroché un accessit en philosophie au concours général. Mais il vient de passer une série d’évaluations désastreuses et, pour couronner le tout, son professeur de latin vient de lui coller une note négative : -7/20 ! Cette situation le renforce dans l’idée qu’il n’a rien à faire là, que ses parents se sont fourvoyés. Lui, sa passion, c’est le vélo, dont il veut faire sa profession. Son fidèle coursier de la marque Stella n’attend que lui au domicile familial de Bourges et il est alors bien décidé à quitter l’univers confiné de l’hypokhâgne pour regagner l’air libre qui souffle sur les routes du Berry et s’inscrire au Club cycliste professionnel du coin. Né en 1936, Alain Roger a pour idole Louison Bobet et ne rêve que d’une chose : gagner une étape du Tour de France après avoir lâché Fausto Copi dans le Tourmalet : « Un rêve que je n’ai jamais réalisé à cause de Deleuze ».

C’est dans cet état d’esprit qu’il assiste prostré au dernier cours de la semaine. Il a lâché son stylo et regarde dans le vide, hagard, un vélo dans la tête. Cela n’échappe pas à la perspicacité de Deleuze qui, voyant son élève s’esquiver rapidement à la fin du cours à 11 heures, le rejoint dans le couloir et lui demande ce qui ne va pas. Alain Roger lui explique les raisons de son découragement et Deleuze tente de lui remonter le moral : « Avec moi, c’est meilleur ? » Il a eu en effet un 11 en philo : « Alors, lui répond Deleuze, 11+ (-7), ça nous fait combien ? 4, ça nous fait 4, c’est déjà moins pire. » Alain Roger lui explique qu’il entend devenir cycliste professionnel ; Deleuze le conduit alors à la bibliothèque du lycée et Alain Roger le suit un peu penaud, n’osant le contredire mais toujours aussi ferme sur ses intentions. Deleuze sort trois ouvrages des rayons de la bibliothèque : les Entretiens d’Epictète, l’Ethique de Spinoza et la Généalogie de la morale de Nietzsche, sélectionne quelques chapitres de ces trois livres et enjoint à son élève de bien vouloir préparer un exposé pour le mardi suivant : « vous allez chercher le centre de gravité de ce triangle, l’intersection des trois médianes, c’est facile. » La ligne de fuite est coupée et le week-end chez les parents compromis. Alain Roger doit rester pour préparer cet exposé à contre-cœur, mais on ne contredit pas Deleuze. Or la plongée dans ces trois textes réussit à le convertir définitivement, puisqu’il deviendra professeur de philosophie à l’université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand de 1967 à 2004. Il se demande encore « comment Deleuze a-t-il pu prévoir que ces trois noms allaient devenir, pendant un demi-siècle, mes auteurs préférés ». Ce triangle éthique dans l’exposé durera plus d’une heure va devenir en effet la matrice de la nouvelle vocation."
Dosse, F. 2007, Gilles Deleuze et Félix Guattari. Biographie croisée, Paris, La Découverte.

"Descartes" par Henri Lefebvre

Les premiers chapitres tendent à situer l'émergence de la pensée cartésienne dans un processus historique et philosophique (les conditions historiques du cartésianisme). Lefebvre s'intéresse donc aux idées dominantes du XVIème siècle et des périodes précédentes correspondant au Moyen-Age. L'analyse de Lefebvre s'inscrit dans une conception marxiste qui vise aussi à observer l'organisation sociale du pouvoir en place. C'est sur ce point que l'on perçoit l'écho d'une réflexion menée par Michelet à l'égard du Moyen-Age. Lefebvre revient sur les figures politiques du féodalisme, telles que le serf et le vassal qui marquent l'expression d'une structure politique fortement hiérarchisée. Cette analyse s'établit aussi sur la base d'une réflexion sur le pouvoir religieux (ecclésiastique). Selon Lefebvre et Michelet la religion catholique s'est établie selon un « Ordre » strict qui détermine socialement la place de chacun. On y perçoit les notions caractéristiques de la pensée marxiste. Lefebvre s'interroge aussi sur la place de la personne (de l'individu par extension, terme moderne) au sein de la structure sociale, ce qui le place dans un rapport spécifique au Tout. Michelet évoque en ce sens la rupture des représentants de la religion, des théologiens, avec la « base ». La mortification de la nature constitue pour lui un symbole puissant qui démontre la pauvreté d'une idéologie peu innovatrice et imaginative, contrairement aux mythes grecs, romains ou juifs. Ces éléments situent globalement les conditions historiques du cartésianisme. Selon Henri Lefebvre, la conception philosophique de Descartes marque un changement ontologique du point de vue de la conception chrétienne du monde, dans la mesure où la réflexion du philosophe tend à modifier, voire supprimer la hiérarchie des substances, des intermédiaires dans un rapport personnel ou individuel au divin. Descartes modifie en ce sens une structuration des faits entre la conscience individuelle (le "cogito", la "res cogitans" ou substance pensante) et la Vérité, scientifique et absolue. C'est en lui-même, dans sa conscience, qu'il trouve ou croit trouver l'infini. Descartes situe la découverte de la Vérité au coeur de la conscience et tend à prouver que celle-ci ne vient pas de lui-même. Elle est là, pourrait-on dire, apparaissant à l'examen de la conscience. On note aussi la nécessité de revenir sur la traduction de la fameuse proposition: « Cogito ergo sum ». La philosophie cartésienne rompt aussi avec un processus d'analyse syllogistique, basé sur le modèle de catégorisation aristotélicien. (Tout homme est mortel. Socrate est un homme, donc Socrate est mortel). Descartes s'oppose ainsi à une conception théologique et politique linéaire (observable sur un plan vertical) représentée par l'influence des écrits de Saint-Thomas d'Aquin au cours du moyen-âge. On comprend mieux encore, sous cet éclairage, l'impact de la philosophie cartésienne à l'échelle de l'histoire des idées. Il serait intéressant de s'interroger sur les réactions et les conséquences de cette nouvelle pensée, d'ailleurs similaire en certains points à la réforme protestante (ou janséniste), auprès des contemporains de Descartes et surtout des ecclésiastiques. Parmi les objections formulées à l'encontre des Méditations, on compte les écrits du théologien Catérus, qui déduit malicieusement de l'expression cartésienne la conclusion suivante: « Je pense donc je suis; or cette pensée et cet esprit, ou il est par soi-moi-même ou par autrui; si par autrui, celui-là enfin par qui est-il ? S'il est par soi, donc il est Dieu... » (Premières objections contre les Méditations III, V et VI). "Monsieur Descartes se prendrait-il pour Dieu ?", pense-t-on du côté des représentants religieux. Il y aurait là en somme une observation tout à fait critiquable et condamnable pour celui qui chercherait à maintenir l'ordre. La "Méthode" de Descartes est en ce sens révolutionnaire et l'on perçoit depuis ce postulat l'apparition de nouveaux positionnements philosophiques: matérialiste, d'abord pour Spinoza et plus tard les philosophes du XVIIIè, spiritualiste et conservatrice pour les philosophes comme Malebranche ou Leibniz. Le "Cogito" pose un nouveau rapport dans la conception de l'individu (pensant) à la Vérité. Descartes y intègre une « donnée immédiate », objet de la conscience. Il en découle un certain nombre de questions qui porteront sur l'ordonnancement de la réalité. Si l'on pose comme un fait le rapport direct de chaque « individu pensant » avec la vérité, comment établir un ordre de pensée entre les individus et surtout entre les pensées? Si l'ordre ne peut être préexistant à la connaissance, si la pensée qui avance constitue en avançant son ordre, comment fonder en réalité cet ordre? (réflexion posées par Leibniz et Spinoza).

Carte d'identité







Ecris
Je suis arabe
Et le numéro de ma carte est cinquante mille
J’ai huit enfants
Et le neuvième… viendra après l’été !
Es-tu fâché ?

Ecris
Je suis arabe
Et je travaille avec mes camarades dans une carrière
J’ai huit enfants
Je leur extrais le pain,
Les vêtements et les cahiers
De la roche
Et je ne demande pas l’aumône
Devant ta porte
Et je ne m’humilie pas
Devant les marches de tes palais
Es-tu fâché ?

Ecris
Je suis arabe
Je suis un nom sans titre
Patient dans un pays, où tout ce qu’il y a
Vit avec la colère
Mes racines
Avant le temps se sont établies
Avant l’éclosion des ères
Avant le cyprès et l’olivier
… et avant l’herbe
Mon père… est de la famille de la charrue
Non des seigneurs du golf
Mon grand père était paysan
Sans titre… ni fortune
Il m’apprenait la grandeur du soleil avant la lecture
Ma maison est une cabane
Faite de branche et de roseaux
Ma vie te satisfait-elle ?
Je suis un nom sans titre

Ecris
Je suis arabe
La couleur des cheveux… noire
La couleur des yeux… marron
Mes caractéristiques :
Sur ma tête un agal au dessus d’un keffieh
Et ma main, dure comme la roche,
Blesse celui qui la touche
Mon adresse :
Je suis d’un village isolé, oublié
Ses rues n’ont pas de nom
Et tout ses hommes sont dans le champ et la carrière
Es-tu fâché ?

Ecris
Je suis arabe
Tu m’as volé les vignes des mes grands-pères
Et une terre [sur laquelle] que je cultivais
Moi et tous mes enfants
Et tu ne nous as laissé que ces rochers
Ton gouvernement va-t-il les prendre
…Comme on dit ?
Ecris... à la tête de la première page
Je ne hais pas les gens
Et je n’agresse personne
Mais… quand j’ai faim
Je mange la chaire de celui qui m’a volé
Attention... attention... à ma faim
Et à ma colère !


Mahmoud Darwich

(Trad. Y. Kouzzi)