samedi 1 octobre 2011

Histoire de papiers aux Archives Nationales de Paris et Fontainebleau

Quatre volets consacrés au fichage, son utilisation à travers l'histoire, sont diffusés sur France Culture. Une balade au sein de l'exposition « Fichés ? » aux Archives nationales de Paris.

http://www.franceculture.com/podcast/4291965


L'exposition:

Exposition au musée - Hôtel de Soubise

Du 28 septembre au 27 décembre 2011
Fichés ? Photographie et identification du Second Empire aux années 1960
Archives nationales Paris et Fontainebleau (exposition relais)

http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/chan/chan/musee/musee-exposition-fiches-identification.html


Diaporama extrait de l'exposition: 

http://www.archivesnationales.culture.gouv.fr/chan/chan/musee/exposition-fiches/exposition-fiches-identification-diaporama.html

Budget d'austerité 2012

Croissance deuxième trimestre 2011

La dette publique française depuis 35 ans

samedi 24 septembre 2011

Congédiée pour avoir dépassé les "limites"

LE MONDE DES LIVRES | 15.09.11 | 11h57

Les responsables de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), à Fontenay-sous-Bois, ont du mal avec le roman. Avec celui de Shumona Sinha, du moins : il se présente "comme une autofiction", estiment-ils, dans la lettre de récusation, adressée, le 2 septembre, au cabinet d'interprètes de la région parisienne qui emploie la romancière indienne.

Celle-ci se dit "surprise et déçue" de cette réaction. "Je ne pense pas que ce soit une juste lecture de mon roman. Faire de mon livre une autofiction ou un reportage sur leur institution est absurde", commente-t-elle.

Que l'Ofpra, pas plus que les demandeurs d'asile, ne soient cités nommément dans le texte, ne change rien à l'affaire, ont tranché les fonctionnaires : "La précision des descriptions (...) ne laisse aucun doute sur l'identité des organismes décrits" et la "confidentialité" censée protéger les entretiens est bafouée, puisque "exemples et extraits de récits des demandeurs d'asile occupent (...) une place de choix" dans le livre. Pire, expliquent-ils, mettant dans le même sac la narratrice et l'auteur : "Shumona Sinha exprime le mépris et la répulsion que lui inspirent les demandeurs d'asile, ce qui, déplorent-ils, convient particulièrement mal, dans une institution qui s'efforce de les traiter avec respect et dignité". Evoquant l'attirance de la narratrice d'Assommons les pauvres ! pour la belle Lucia, l'un des personnages importants du roman, les dirigeants de l'Ofpra n'hésitent pas à reprocher à l'auteur d'avoir décrit "une relation érotique fantasmée avec un officier de protection féminin, ce qui a été fort mal reçu" - pourquoi ce "féminin" et qui a "mal reçu" la chose ? Mystère...

"Limites à ne pas dépasser"

"Loin d'informer préalablement l'Office de son projet d'écriture, ce qui aurait permis de définir les limites à ne pas dépasser", concluent les fonctionnaires de Fontenay-sous-Bois, Shumona Sinha est passée outre et a "mis l'administration devant le fait accompli". Beaucoup s'en féliciteront : les jurys des prix Renaudot et Médicis ont, pour leur part, retenu le roman de Shumona Sinha dans leur première sélection.
 
Catherine Simon

Sortir de la déroute morale du sarkozysme

LEMONDE 

Je ne suis pas un militant politique, je n'ai aucune carte de parti et je n'ai jamais pris publiquement position dans une campagne électorale. J'ai une sensibilité de centre gauche qui m'a incité à voter François Bayrou et Ségolène Royal en 2007, et je garde toujours une liberté au-delà du clivage classique droite-gauche, en fonction de la personnalité des candidats et des enjeux de l'élection.

Si aujourd'hui je prends publiquement position pour un candidat, c'est parce que je suis convaincu que les enjeux sont d'une gravité exceptionnelle et que je ne vois qu'un seul candidat susceptible de les relever : François Hollande.

Parmi les nombreux défis pour la France dans les années à venir, trois me semblent particulièrement décisifs : la crise économique, financière et budgétaire, en grande partie liée à la conjoncture internationale ; la crise sociale qui découle d'une paupérisation accrue d'une partie importante de la population et d'un accroissement des inégalités ; la crise du politique au sens noble, consécutive à une perte du sens de l'intérêt collectif et du bien commun.

Le premier défi exige rigueur budgétaire et volontarisme politique pour mieux encadrer les dérives financières. Le second impose un effort de meilleure répartition des richesses, à travers notamment une réforme fiscale profonde et juste. Le dernier passe par un retour de la confiance des Français dans leurs dirigeants, qui doivent donner l'exemple d'une éthique forte et non partisane.
Le bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy est mitigé sur les questions économiques. Même si elle a été mal négociée, il faut mettre à son actif une première et nécessaire réforme du système des retraites que la gauche n'a jamais eu le courage d'entreprendre. Après avoir laissé courir l'endettement, il vient de faire marche arrière et se pose désormais en champion de la rigueur budgétaire.

Il est toutefois regrettable qu'aucun effort significatif n'ait été fait pour encadrer les dérives de la spéculation financière. Le bilan du président est en revanche désastreux sur les deux points suivants. Malgré de nombreuses promesses et des déclarations fracassantes, les inégalités n'ont cessé de croître et sa politique n'a surtout visé qu'à protéger les plus riches.
Mais c'est sur le dernier point que je serais le plus critique : jamais un président n'a autant mis à mal la morale publique, l'équité des institutions, la noblesse de la politique. Nicolas Sarkozy s'est comporté en chef de clan et non en président de tous les Français ; il a méprisé le pouvoir judiciaire .
Dès les premiers jours de son quinquennat, il a montré une fascination indécente pour l'argent et le clinquant, tout en expliquant aux Français qu'ils devaient faire des efforts en vue du bien commun. Il a instrumentalisé les peurs - notamment celles des étrangers et de l'islam - pour servir de bas calculs électoraux, fragilisant davantage la cohésion nationale etc.

Bref, il a grandement contribué à cette perte de confiance des Français envers leurs dirigeants et à la crise du politique. Or, comme le rappelait déjà Confucius il y a 2 500 ans, les dirigeants ne peuvent demander au peuple d'être juste et vertueux s'ils n'en donnent eux-mêmes l'exemple.

Si Nicolas Sarkozy a perdu toute crédibilité pour répondre aux grands défis qui nous attendent, que penser des principaux autres candidats à l'élection présidentielle de 2012 ? François Bayrou a toujours prôné rigueur budgétaire, justice sociale et moralité publique, mais son attitude trop solitaire et son refus d'alliance claire ne lui permettra sans doute jamais d'être élu.

Jean-Louis Borloo a un discours assez proche, mais a été trop longtemps au sein du gouvernement pour être crédible comme véritable acteur de rupture avec le sarkozysme. Ségolène Royal est trop imprévisible et nul n'a envie de voir se reproduire le scénario de la présidentielle de 2007.
Martine Aubry a de nombreux atouts, notamment sur le plan social et moral, mais elle semble trop liée à la gauche de la gauche pour pouvoir être la présidente de tous les Français et appliquer une politique économique réaliste.

J'ai lu avec attention, depuis six mois, les discours et les projets de François Hollande, homme dont j'ai par ailleurs toujours apprécié les qualités humaines. Lui seul me semble, aujourd'hui, capable d'allier responsabilité, générosité, droiture, et de susciter un large rassemblement des Français en vue d'un nouvel élan, qui demandera à tous, dans le contexte très difficile que nous vivons, foi en l'avenir, confiance dans ses dirigeants et souci du bien commun. 

François Hollande n'est pas un homme providentiel, mais tout simplement l'homme de la situation, et c'est déjà beaucoup.

Frédéric Lenoir, philosophe et écrivain, producteur à France Culture

Renouer avec le progrès

Le Monde, 22 Septembre 2011

par Axel Kahn, généticien, président de l'université Paris-Descartes


Les femmes et les hommes des Lumières ne doutaient guère que la mobilisation de l'intelligence humaine, de la science et de la technique assurerait un progrès de la prospérité des nations et des conditions du bonheur de l'humanité. Les luttes sociales en étaient, à défaut, une garantie. Or qu'entend-on aujourd'hui ? Que la gravité de la crise et les périls qui s'accumulent exigent de chacun des sacrifices, des abandons d'avantages conquis grâce au progrès et à la mobilisation de nos pères. Tout optimisme du progrès serait devenu caduc, l'homme aurait cessé d'en être le bénéficiaire pour devoir se mettre au service d'une logique techno-scientifique et financière dont toute finalité humaniste a été gommée.

C'est ce qui explique en partie la suspicion générale en laquelle nos concitoyens tiennent la notion de progrès. Elle renvoie en effet l'image d'un espoir déçu, puisque nos contemporains sont, à l'inverse de leurs prédécesseurs depuis le temps des Lumières jusqu'au XXe siècle, enclins à penser que leurs enfants et petits-enfants connaîtront des conditions d'existence moins favorables que les leurs. De plus, un développement technique et économique dépourvu de finalité autre que le développement lui-même et la création associée de valeurs numéraires fait peser une menace sur l'environnement et tend à accroître les inégalités plutôt qu'à les réduire. Une société du "toujours plus" ou le quantitatif étouffe la question de la qualité des conditions de vie, ici et maintenant, au loin et pour les générations futures, n'incite en effet guère à l'optimisme. Si on ajoute à cela les craintes ressenties d'un progrès techno-scientifique peu soucieux de la dimension humaine, on comprendra le peu d'appétence des citoyens pour ce concept.

Nos sociétés sont en crise, la crise du progrès en constitue l'une des facettes. Et pourtant ! Quel bel idéal que celui de mobiliser la raison et la créativité humaines au profit des siens et des autres. Tout dans le passé démontre que c'est possible, à condition de s'en fixer l'objectif. La magnifique épopée du pasteurisme et de la médecine, l'éducation dispensée par les "hussards noirs" de la République en témoignent entre maints autres exemples. C'est par conséquent un progrès sans projet humaniste explicite, y compris écologique, qui a cessé d'être crédible, non pas l'ambition collective de mobiliser les efforts afin de créer un monde plus accueillant.
Une telle ambition est une condition essentielle pour affronter la crise. Il ne sera en effet pas possible de mobiliser l'énergie des citoyens dans le but de sauver un système de cupidité sans limite utilisant les découvertes de la science et les outils techniques et financiers pour aggraver sans fin les inégalités et endommager la planète. En revanche, les femmes et les hommes ont démontré dans l'histoire qu'ils savaient accomplir des prodiges dans le but d'édifier la société de leurs voeux, quels que fussent les adversaires à vaincre.

Sans enthousiasme d'un progrès refondé, humaniste, il n'y aura pas de victoire durable sur la crise dans laquelle se sont enfoncés la plupart des pays développés. Sans analyse lucide et dépourvue de complaisance des mécanismes qui conduisent à la grave crise et identification des responsabilités en cause, il n'y aura pas de plan crédible pour en sortir de façon durable.

Réalisme, ambition, humanisme et progrès sont, par conséquent, des mots-clés de l'action de la ou du futur(e) président(e) de la République. Martine Aubry est la seule des candidat(e)s à l'élection présidentielle à se les être appropriés, c'est pourquoi j'appelle tous ceux qui partagent ces valeurs et ces objectifs à la soutenir.