dimanche 2 octobre 2011

Les ménages épargnent comme au plus fort de la récession

Ce n'est pas une bonne nouvelle pour la croissance : les ménages consomment moins et épargnent davantage. C'est ce qui ressort des résultats détaillés des comptes nationaux trimestriels publiés mercredi 28 septembre par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). Au deuxième trimestre 2011, révèlent-ils, pendant que la croissance marquait le pas, le taux d'épargne des ménages a bondi de 1,1 point à 17%, soit son niveau le plus élevé depuis le troisième trimestre 2009.

Pendant cette même période, les ménages ont vu leur pouvoir d'achat accélérer, passant d'une hausse de 0,2% au premier trimestre à +0,6% au deuxième, à la faveur d'une moindre pression fiscale et du dynamisme de la masse salariale et des prestations sociales. Malgré cela, ils ont consommé moins – leurs dépenses en valeur ont reculé de 0,2%, après avoir augmenté de  1,1% – et épargné beaucoup plus comme ils le faisaient au cœur de la récession.

Tout se passe donc comme si, conscients du fait que la croissance française avait brutalement marqué le pas au printemps 2011 et préoccupés par la crise grecque, par ses répercussions dans la zone euro, et par le ralentissement économique général, ils préféraient se prémunir contre d'éventuels lendemains qui déchantent et reconstituer leur épargne de précaution.

Ces résultats sont en ligne avec les enquêtes Insee du 23 septembre qui faisaient état d'une forte dégradation du climat des affaires et du moral des ménages au sortir de l'été. Ils sont d'autant plus préoccupants que la consommation des ménages est loin d'avoir retrouvé ses niveaux d'avant la crise et que l'investissement des entreprises ralentit. Si les ménages continuent de remplir leurs bas de laine, ce n'est donc pas sur la demande intérieure que l'on pourra compter pour relancer la croissance.

Les Roms nation Paria d'Europe

PressEurop établit un dossier sur les conditions dégradantes des Roms en Europe, notamment en Pologne, Hongrie, Roumanie et Bulgarie :

http://www.presseurop.eu/fr/content/topic/319811-les-roms-nation-paria-deurope

Il y a en Europe un pays du Tiers-monde, qui compte dix millions d’habitants et n’a pas de frontières. Une nation dont les citoyens vivent dans leur grande majorité en-dessous du seuil de pauvreté et dans des conditions inacceptables pour la plupart des Européens ; moins scolarisés qu’eux, ils ont également nettement plus nombreux à ne pas avoir d’emploi. Objet de mille préjugés et superstition, ces citoyens de seconde catégorie ont subi les déportations des nazis et continuent d’être discriminés, voire persécutés. En Europe centrale notamment, ils constituent les têtes de turc des mouvements xénophobes et cristallisent les peurs des habitants.

Bien que les Roms constituent parfois une portion importante de la population nationale, notamment dans ces pays, le statut de minorité nationale – et les protections qui vont avec – leur est très souvent refusé. En 2008 le Parlement européen avait réclamé une stratégie européenne aux égards des Roms, on n’a pas encore vu les résultats. Pourtant, les États auraient tout intérêt à faire davantage d’efforts pour intégrer les Roms. Pour des raisons humanitaires avant tout, de cohésion sociale ensuite et économiques enfin. 

Une récente étude de la Banque Mondiale chiffre le coût de l’exclusion des Roms en 5,7 milliards d’euros pour la seules Bulgarie, Roumanie, République tchèque et Serbie. Cela comprend à la fois les pertes de productivité liées au non-emploi des Roms et les pertes fiscales liées à leur non-imposition. 

Cette étude a été présentée lors du deuxième Sommet européen sur les actions et les politiques en faveur des Roms, qui s’est tenu les 8 et 9 avril à Cordoue. On Les Vingt-sept feraient bien d’en tenir compte, au moment où ils raclent les fonds de tiroirs pour résorber leur dette publique hors de contrôle. 

Gian-Paolo Accardo

Une vague d'émeutes anti-roms

Depuis le 24 septembre, une vague d’émeutes anti-roms submerge les grandes villes bulgares. Des manifestants, souvent très jeunes, s'insurgent contre l'impunité dont bénéficieraient les Roms tout en s'érigeant en "défenseurs de la nation bulgare"...

Tout a commencé par ce que les autorités ont d’abord qualifié de "tragique accident de la route" : un homme de 24 ans est renversé par un mini-bus conduit par des Roms se rendant chez Kiril Rachkov, patriarche rom à la réputation sulfureuse à Katounitsa, village de 3 000 habitants près de Plovdiv dans le sud du pays.

Selon le père de la victime, il s'agit d'un meurtre prémédité. Les occupants du véhicule se réfugient dans la maison du "roi Kiro" avant de forcer un barrage improvisé par les habitants, blessant d'autres villageois. Rejoints par des ultras du club de foot de Plovdiv, des habitants de Katounitsa incendient et pillent les maisons appartenant au clan des Rachkov. Le lendemain, un jeune de 16 ans, atteint d'une maladie cardiaque chronique, décède lors d'échauffourées dans le village.

Le conducteur du mini-bus s'est rapidement livré à la police et a affirmé avoir renversé accidentellement le jeune homme après un esclandre sur la voie. Le 28 septembre, le ministère de l'Intérieur a annoncé l'arrestation de Kiril Rachkov. Il sera poursuivi pour "menaces de mort"  et évasion fiscale à grande échelle.

L’explosion du pseudo modèle social

Antonina Jeliazkova,  30 septembre 2011, Trud, Sofia
Les émeutes qui ont secoué le village de Katounitsa et plusieurs villes du pays ne sont pas qu’une poussée de fièvre anti-Roms. Elles sont le symptôme d’une société malade, soumise au clientélisme, constate une anthropologue bulgare.

Une foule brûle la maison du chef rom, le "Roi Kiro, village de Katounitsa, 24 septembre 2011. Photo AFP












Ce qui est arrivé à Katounitsa est tout sauf un incident [voir encadré ci-dessous]. Ce n’est pas non plus un cas isolé, mais une tendance destructrice qui se développe de manière endémique à cause de la passivité institutionnelle de ces dernières années. Ce conflit ne doit pas être vu en dehors du contexte politique global en Bulgarie.
Nous n’avons pas de leaders de la nation mais des parapolitiques. Cela change la nature de nos attentes et fausse les espoirs de la société civile. Depuis plusieurs mois que nous sommes en campagne électorale [des élections présidentielle et municipales auront lieu le 23 octobre prochain], nous n’avons pas entendu un seul échange d’idées intéressant sur l’économie, la politique étrangère ou la société. En revanche, les petites intrigues et les coups bas sont foison. La politique bulgare est une émanation des journaux à scandales, et ils se nourrissent mutuellement.

Des milliers de raisons de perdre espoir en la justice sociale

Le dialogue politique est au plus bas. C’est à ce niveau que se trouve également l’exploitation sans vergogne des relations interethniques et interreligieuses dans ce pays. Ces dernières années, aucun des hommes politiques n’a jugé nécessaire de mettre de l’ordre dans les relations entre chrétiens et musulmans, entre les Roms et toutes les autres communautés, ni de proposer des stratégies efficaces pour une intégration réelle des minorités. Parce que l’ensemble de cette élite autoproclamée trouve son compte dans ce statu-quo humiliant qui leur permet de mieux s’accrocher au pouvoir.
Ces tensions sont toujours motivées par des intérêts politiques, surtout en période préélectorale. En Bulgarie, il existe des milliers de raisons de perdre espoir en la justice sociale. Et ce désespoir atteint toutes les couches de la société, des médecins aux poètes en passant pas les paysans. Sont exlus, bien évidemment, les bandits nouveaux riches, les escrocs en gros, les politiciens corrompus et les hauts magistrats. Dans un tel cas de figure, et c’est l’historienne et anthropologue sociale que je suis qui parle, il n’y a rien de plus efficace que de rediriger sa colère vers les minorités, les religions différentes et, tout simplement, ceux qui sont différents.
Bref, en substituant les faux problèmes aux vrais. Les frontières deviennent floues, et il facile de faire passer des erreurs politiques ou des faits de droit commun pour des conflits interethniques, avec des conséquences parfois dramatiques.

L'impossibilité d'abolir les privilèges féodaux locaux

Les barils de poudre comme Katounitsa, il y en a un peu partout en Bulgarie. Chez les Roms, on en est déjà à la troisième ou quatrième génération sans éducation et sans aucune chance sur le marché du travail, et la criminalité grimpe en flèche. De l’autre côté, les sentiments anti-roms dans la société n’ont jamais été aussi virulents ! Les partis politiques, eux, ont perverti les plus pauvres et les marginaux dans la société en les initiant au commerce de voix électorales. C’est ce qui a donné naissance à ces “rois” roms autoproclamés, leaders corrompus des ghettos, s’enrichissant sur le dos de leurs coreligionnaires et vendant leur voix au plus offrant. Ils sont les maîtres absolus de quartiers, villages ou villes sur tout le territoire de la Bulgarie.
Le soit disant “Roi Kiro”, comme une grande partie de sa famille, devrait depuis longtemps croupir en prison pour des crimes allant de la fabrication d’alcool frelaté jusqu’à la traite de femmes et d’enfants. Mais ce n’est pas le cas, parce qu’ils disposent de ressources considérables, de l’argent pour payer en cash les policiers, hommes politiques et magistrats, mais aussi d’un capital de voix de plusieurs milliers d’âmes.
Ce problème n’est pas qu’ethnique, il s’agit d’une maladie nationale. Que dire des toutes ces villes et région “gérées” de facto par des boss mafieux qui tiennent la population en distribuant des privilèges ou en semant la peur ?
Une politique adéquate consisterait tout simplement à faire appliquer la loi : abolir les privilèges de féodaux locaux ; condamner les criminels afin de permettre aux citoyens de s’émanciper, voter, vivre et travailler librement. Mais à l’heure actuelle, cela semble impossible en Bulgarie.

Une farce tragique

Dimitri Mitropoulos, 13 septembre 2011, Ta Nea, Athènes

Comme dans les sombres tragédies de Shakespeare, la scène politique grecque peut être renversée par un seul personnage. Ce personnage n'est pas un premier rôle mais il est crucial dans l'évolution des scènes, et pas positif. Quelqu'un comme Iago dans Othello. 

Toute proportions gardées, cette analogie pourrait s'appliquer à Nikos Fotopoulos, le président du syndicat Genop-DEI (l'Electricité de Grèce). Il est brun, mal rasé, vêtu de noir et a quelque chose de théâtral.  Mais surtout parce que ce syndicaliste surgit sur le devant de la scène à un moment critique de notre tragédie financière nationale.

Le gouvernement Papandréou est désespéré. Il cherche environ 2 milliards d'euros pour combler le déficit public. Pour les recueillir, il a donc soumis l'idée d'imposer à nouveau les propriétés immobilières, en utilisant les factures d'électricité [pour identifier les propriétaires] car il n'y a pas de cadastre, tandis que DEI comptabilise au mètre carré près l'ancienneté et le quartier. Mais utiliser les factures de DEI pour imposer une nouvelle taxe [elle sera intégrée dans le calcul de la facture]  est l'aveu d'un échec. Le gouvernement reconnaît ainsi qu’il ne fait pas confiance aux mécanismes de récolte de l'impôt. C'est un bien triste constat qui remet en cause l’efficacité des taxes précédentes.

L'élite de l'Etat se retourne contre leur propre gouvernement

Le gouvernement va donc imposer une nouvelle taxe extraordinaire cette année et l'année prochaine. Il le fait parce que depuis 20 mois, il essaie en vain de réformer l'administration publique, de vendre des biens et de supprimer des organismes publics. Il y a eu des coupes sur les salaires, mais pas de véritables réformes. La mise en place d'un salaire unique pour tous les fonctionnaires à tellement d'exceptions que ce salaire s'annule de lui même, la mise en disponibilité de fonctionnaires est tellement obscure que l'Etat ne pourra pas y arriver sans licencier des employés d'Etat.

En réalité, le PASOK [le parti socialiste au pouvoir], pas plus que la Nouvelle Démocratie [l’opposition de droite], n'ose toucher à l'Etat parce que c'est sa propre création, même si c'est une horreur. Pour éviter de réformer l'Etat, le gouvernement préfère faire payer tous les propriétaires grecs.

C'est donc une pièce de théâtre avec un metteur en scène invisible mais, ironiquement, avec pour personnage Fotopoulos et les caïds de Genop-DEI qui refusent que les factures d'électricité soient utilisées pour appliquer la loi imposée par le gouvernement. Ces enfants du PASOK, qui constituent une élite de l'Etat, se retournent donc contre leur propre gouvernement. Ils préfèrent que le pays sombre dans la faillite plutôt que toucher à leurs avantages. Dans tous les cas, le coût sera important pour les Grecs. Le problème est donc qu'aucune vraie tragédie – de Shakespeare ou des financiers – n’a de fin heureuse. Au final, nous devront payer.

Et maintenant, que peut la Grèce ?

Panos Panagiotopoulos, 6 septembre 2011, To Ethnos, Athènes
Les Européens ne croient pas que nous voulons être sauvés ! Les indicateurs sont dans le rouge alors que les réformes structurelles tardent. Et sans crédibilité, que voulez-vous renégocier ? Pour tous ceux qui connaissent un peu l'économie grecque, il était très clair que les objectifs du plan de rigueur, et surtout les mesures annoncées en 2011, étaient très, voire trop ambitieux (c'est à dire non réalisables).  
Ce n’est pas seulement en raison de "réticences politiques", qui sont pourtant réelles et que personne ne peut ignorer ; c'est à cause de délais irraisonnables. A cela, il faut ajouter la qualité du personnel politique et administratif du pays, et celle du système juridique et judiciaire.
La troïka FMI-UE-BCE et le gouvernement ont commis une grosse erreur en s'engageant sur des objectifs trop ambitieux – malgré les réticences sur la "recette" et la manière de la mettre en oeuvre. Bien que dos au mur, le gouvernement a reçu les experts de la troïka [la semaine dernière, une visite précipitamment interrompue] alors que ces derniers nourrissent les marchés de prévisions non réalisables qui, avec le discours du "plus difficile" et du "plus coûteux", conduisent à l'opposé du résultat escompté. Et de fait, même si beaucoup de choses ont été accomplies, l’image internationale de la Grèce est celle d’un pays qui ne fait rien.

Sur le fil du rasoir

Ça, c'est le bon coté. Car de nombreux dirigeants européens, banquiers et technocrates l'ont compris et dénoncent la "trop forte pression" exercée sur la Grèce. L'autre coté, c'est... l'échec ! Le gouvernement parle sans arrêt de "fusions" et de "suppressions" d'organismes publics, et plus généralement de réformes structurelles, mais il n'a presque rien fait !

De plus, la "gabegie" dans le secteur public se poursuit dans la plupart des cas. Les récentes déclarations du vice-ministre de l'Interieur sur les administrations publiques le prouvent. Il est tout de même étrange d’avoir diminué les salaires et les retraites, jusqu'à 1 000 euros par mois, d'avoir augmenté les taxes et les impôts, et de voir 2 ans après la fraude fiscale et la gabegie dans le secteur public continuer au plus haut point.
Tout ceci constitue une "mauvaise recette" qui, au delà des injustices sociales qu'elle engendre, entraîne une récession incontrôlable et un chômage qui est "un couteau sous la gorge". Voilà où nous en sommes aujourd'hui.
Les Européens ne croient pas que nous voulons être sauvés ! De nombreux indicateurs sont dans le rouge et beaucoup de nos objectifs n'ont pas été atteints. Il y a un problème de recette, de retard des réformes structurelles et encore une fois de crédibilité. Cela rend difficile l'application de l'accord du 21 juillet [le nouveau plan de sauvetage élaboré par les pays de la zone euro] qui déborde de zones d'ombre et restreint la possibilité de renégocier les termes du plan de rigueur. Nous sommes sur le fil du rasoir !

La dette greque en dessins